Synchronie 2 : Dans quel état suis-je aujourd’hui ?

Cultiver son état de présence pour mieux percevoir l’autre

par Claire LECUT

Dans le précédent article, nous avons parlé de l’exactitude empathique : cette capacité à comprendre avec finesse ce que l’autre pense ou ressent.

Mais peut-on réellement entraîner cette capacité ? Peut-être pas en essayant de devenir plus attentif à l’autre à tout prix.

Il est possible que la qualité de notre perception dépende aussi de l’état dans lequel nous nous trouvons lorsque nous rencontrons l’autre. Lorsque notre esprit est très occupé, que nous cherchons une réponse, que nous anticipons la suite de la séance ou que nous sommes nous-mêmes sous tension, notre attention se rétrécit.

À l’inverse, certains états semblent favoriser une attention plus ouverte, plus souple, plus disponible.

L’objectif des exercices suivants que je vous propose n’est donc pas de « développer un sixième sens », mais d’explorer ce qui se passe lorsque nous modifions volontairement notre propre état avant d’entrer en relation.

Expérience 1 — Ouvrir le champ de l’attention

Avant de recevoir votre patient, prenez deux ou trois minutes.

Au lieu de fixer votre attention sur un point précis, laissez-la s’élargir. Percevez simultanément : le son de la pièce, votre respiration, votre posture, la lumière, les mouvements autour de vous…

Puis, lorsque votre patient entre, essayez de conserver cette qualité d’attention ouverte. Il ne s’agit pas de regarder davantage. Il s’agit peut-être de laisser davantage d’informations parvenir à votre conscience.

Observez ensuite si votre écoute devient différente.

Expérience 2 — La respiration comme transition

Avant une séance, pratiquez 5 minutes de respiration, en essayant de suivre un rythme régulier de 5sc sur l’inspiration et sur l’expiration. Au besoin, utilisez une application pour vous guider.

L’objectif est de créer une transition entre ce que vous étiez en train de faire et la rencontre qui va commencer.

Observez : Quel praticien suis-je après quelques minutes de respiration ?

Suis-je plus disponible ? Plus posé ? Plus attentif ? Plus ouvert ?

Les recherches montrent que la respiration lente influence notamment la variabilité de la fréquence cardiaque, un indicateur associé à certains processus de régulation. (Laborde et al., 2022)

Expérience 3 — La méditation, mais pas pour « se vider la tête »

Une pratique régulière de méditation peut être envisagée autrement que comme une technique destinée à calmer le mental. Il s’agit plutôt d’entraîner la capacité à rester présent sans être immédiatement capturé par ce qui apparaît : pensées, émotions, sensations, images, associations…

On les laisse apparaître et disparaître.

Cette pratique pourrait favoriser une plus grande souplesse attentionnelle et une meilleure disponibilité relationnelle. Les recherches suggèrent un lien entre niveau de pleine conscience et qualité de l’empathie chez les professionnels du soin (Suarez, A. et al., 2020)

Expérience 4 — Avant et après quelques minutes d’EFT

Avant une séance, prenez quelques minutes pour pratiquer une ronde d’EFT (si vous la connaissez).

Ne cherchez pas à obtenir un état particulier. Observez simplement votre état avant la pratique, puis après :

  • mon mental est-il plus calme ?
  • mon attention est-elle plus large ?
  • suis-je davantage présent à ce qui m’entoure ?
  • ai-je moins besoin de contrôler ou d’anticiper ?
  • les informations venant de l’autre me semblent-elles plus faciles à percevoir ?

Puis, pendant la séance, observez discrètement si quelque chose a changé dans votre manière d’écouter.

Ne cherchez pas à conclure. Expérimentez.

Vous pouvez même alterner plusieurs jours avec et sans cette préparation et noter vos observations.

Par ailleurs, et vous faites une séance complète d’EFT avec votre patient, une revue théorique récente propose que le fait de tapoter en même temps que son patient, tout en maintenant une présence calme, pourrait créer une forme de « corégulation incarnée » : l’état régulé du praticien agirait comme un modèle auquel le patient s’accorderait inconsciemment (Schwarz & Stapleton, 2026).

Expérience 5 — L’ECAP au début de chaque ½ journée 

On a parfois oublié cet excellent rituel de Brain Gym à pratiquer pour soi-même. Mettre l’ecap/Le Cap sur l’apprentissage, parce que la rencontre avec l’autre est source de richesse, source d’apprentissage pour nous également. Description des exercices ici.

Ou tout simplement boire un verre d’eau en pleine conscience peut faire la différence

À la fin de la demi-journée faites-le point sur votre niveau d’énergie.

Observez simplement, sans chercher à conclure

Expérience 6 — Observer son état avant d’entrer en relation

Pendant quelques semaines, prenez simplement quelques secondes avant chaque séance pour vous demander : « Dans quel état suis-je aujourd’hui ? »

Pas seulement : « Est-ce que je vais bien ? » 

Mais aussi :

Suis-je ouvert ou fermé ?
Pressé ou disponible ?
Très mental ou plutôt présent ?
Focalisé ou capable d’embrasser plusieurs informations à la fois ?
En attente d’une réponse ou réellement curieux de ce qui va émerger ?

Puis, après la séance : « Est-ce que mon état a changé au contact de cette personne ? »

Vous commencez ainsi à observer non seulement votre patient, mais aussi la relation entre vos deux états.

Et si nous faisions de notre propre état un objet d’observation ?

C’est peut-être là que commence un véritable entraînement à la co-régulation.

Il ne s’agit pas de chercher à être constamment calme, parfaitement centré ou dans un état particulier. Un praticien vivant est traversé par des émotions, des pensées et des variations d’état.

L’enjeu est plutôt de développer suffisamment de conscience pour remarquer ces changements et retrouver, lorsque cela est nécessaire, une qualité de présence qui permette de rester disponible à l’autre.

Avant de chercher à réguler l’autre, apprenons à observer notre propre état.

Et peut-être qu’en cultivant cette disponibilité, nous découvrons que notre capacité à percevoir l’autre ne dépend pas seulement de ce que nous savons. Elle dépend aussi de l’état dans lequel nous sommes lorsque nous cherchons à le comprendre.

Petite grille d’auto-observation: Avant / après votre pratique, notez de 0 à 10 :

  • Tension intérieure
  • Agitation mentale
  • Concentration
  • Disponibilité à l’autre
  • Perception des nuances
  • Sentiment de connexion/corégulation

Puis posez-vous la question : « Qu’est-ce qui a changé dans ma manière d’être en relation ? »

Chez En Mouvement, nous proposons des approches techniques exigeantes et de qualité, mais nous sommes convaincus que leur efficacité dépend aussi de la manière dont elles sont mises en œuvre. La présence, le discernement et l’éthique du praticien ne sont donc pas une option : ils en sont une véritable valeur ajoutée.